Les BD africaines qui méritent votre étagère
Notre sélection de bandes dessinées africaines : les classiques par lesquels commencer, les œuvres plus exigeantes et la nouvelle génération d’auteurs. Par âge et par envie, avec ce que chacune vaut vraiment.
En bref : Aya de Yopougon de Marguerite Abouet et Clément Oubrerie est la
porte d’entrée évidente pour un adulte, Akissi des mêmes auteurs pour un
enfant. Au-delà de ces deux-là, la bande dessinée africaine est bien plus vaste
que ce que les rayons français en montrent : de la satire gabonaise au super-héros
sud-africain, en passant par une nouvelle génération d’auteurs qui mélange
mythologie et science-fiction.
Il faut lever un malentendu tout de suite. « BD africaine » ne désigne pas un
genre — pas plus que « BD européenne ». On y trouve de la chronique sociale, de
l’autobiographie, du fantastique, du super-héros et du reportage. Ce qui les
relie, c’est un point de vue : des histoires africaines racontées depuis
l’intérieur.
Le tableau, pour aller vite
| Titre | Auteur·rice | Pays | Public |
|---|---|---|---|
| Aya de Yopougon | M. Abouet & C. Oubrerie | Côte d’Ivoire | Ados et adultes |
| Akissi | M. Abouet & M. Sapin | Côte d’Ivoire | 6-10 ans |
| La Vie de Pahé | Pahé | Gabon | Ados et adultes |
| Malamine, un Africain à Paris | C. N. Edimo & S.-P. Mbumbo | Cameroun | Adultes |
| Une éternité à Tanger | E. Nganguè & F. Titi | Cameroun / Côte d’Ivoire | Ados et adultes |
| Tamba, l’enfant soldat | M. Achard & Y. Dégruel | Pays africain non nommé | 12 ans et + |
| Djeliya | Juni Ba | Sénégal / France | Ados et adultes |
| Kwezi | Loyiso Mkize | Afrique du Sud | 10 ans et + |
| Mariam joue à la balle | Ultimes Griots | Côte d’Ivoire | 6-11 ans |
| L’Éveil du Jeli | Ultimes Griots | Afrique de l’Ouest | 10 ans et + |
Les classiques, ceux par lesquels on commence
Aya de Yopougon — Marguerite Abouet et Clément Oubrerie
Abidjan à la fin des années 1970. Aya veut devenir médecin, ses amies pensent
surtout à sortir. C’est une chronique de quartier, drôle, tendre, sans misérabilisme
— et c’est précisément ce qui a marqué : une Afrique du quotidien, où l’on rit et
où l’on tombe amoureux, à mille lieues de l’imagerie humanitaire.
Pourquoi la lire : c’est la BD qui a fait exister la bande dessinée africaine
en librairie française. Elle a aussi donné lieu à un film d’animation.
Pour qui : ados et adultes. Les intrigues sentimentales visent un public
adolescent au minimum.
Akissi — Marguerite Abouet et Mathieu Sapin
La même autrice, pour les enfants. Akissi est une petite fille d’Abidjan qui
enchaîne les bêtises. Format gags courts, humour très physique.
Pour qui : 6-10 ans. Un des rares titres jeunesse où un enfant africain est le
héros comique, pas le sujet d’une leçon.
La Vie de Pahé — Pahé
L’autobiographie dessinée d’un auteur gabonais, entre le Gabon et la France.
Drôle, mordant, parfois grinçant sur le regard porté sur les Africains en Europe.
Pour qui : ados et adultes.
Les œuvres plus exigeantes
Malamine, un Africain à Paris — Christophe Ngalle Edimo et Simon-Pierre Mbumbo
Malamine Karaboué est docteur en économie de la Sorbonne. Écarté des postes qui
lui reviendraient dans son pays parce qu’il n’est pas de la bonne ethnie, il
survit à Paris comme brancardier. La BD pose frontalement la question de la fuite
des cerveaux et du retour, sans donner de réponse simple — et va jusqu’à montrer
comment l’amertume peut virer à l’aigreur politique.
Pour qui : adultes.
Une éternité à Tanger — Eyoum Nganguè et Faustin Titi
Un adolescent africain qui veut rejoindre l’Europe et se retrouve bloqué à
Tanger. Publiée bien avant que le sujet ne devienne omniprésent dans les médias.
Pour qui : à partir de 14 ans. Sujet dur, traité sans complaisance.
Tamba, l’enfant soldat — Marion Achard et Yann Dégruel
Devant une commission vérité et réconciliation, Tamba, seize ans, témoigne de ce
qu’il a fait pendant la guerre. Le récit d’un enfant enrôlé de force, puis de sa
reconstruction. Le propos est grave mais le traitement reste accessible à un
jeune lecteur. Le pays n’est jamais nommé — c’est un choix des auteurs.
Pour qui : 12 ans et plus, idéalement accompagné d’une discussion.
La nouvelle génération
Djeliya — Juni Ba
Une relecture libre de l’épopée de Soundiata Keïta
transposée dans un monde dévasté : le dernier prince d’un royaume mourant et
Awa Kouyaté, sa djeli, marchent vers la tour du sorcier qui a détruit leur
monde. Le trait est stylisé, très éloigné du réalisme franco-belge.
Pourquoi elle compte : elle montre que le patrimoine oral africain peut
nourrir de la fiction contemporaine, au lieu d’être seulement conservé.
À savoir : publiée en anglais chez TKO Studios. Vérifiez la disponibilité en
français avant de l’offrir.
Kwezi — Loyiso Mkize
Un jeune homme de Gold City — métropole imaginaire calquée sur Johannesburg —
découvre qu’il a des pouvoirs, et qu’ils l’engagent envers un héritage dont il
se moquait. Le premier super-héros sud-africain, dans un genre où l’Afrique est
habituellement absente ou décorative.
Pour qui : 10 ans et plus. Édition principalement anglophone — à vérifier
avant d’offrir.
À lire aussi : Mythologie africaine : dieux, esprits et légendes
— l’arrière-plan dans lequel puisent beaucoup de ces auteurs.
Nos bandes dessinées
Nous publions des BD pour une raison précise : les titres ci-dessus sont
excellents, mais très peu s’adressent aux 6-12 ans, et encore moins mettent
en scène des enfants africains contemporains comme héros de leur propre histoire.
Mariam joue à la balle
Dans les ruelles d’Abidjan, Mariam veut devenir footballeuse. Autour d’elle, tout
le monde lui explique que ce n’est pas pour les filles. Un récit ivoirien sur la
persévérance, sans morale plaquée à la fin.
Pour qui : 6-11 ans.
👉 Découvrir Mariam joue à la balle
L’Éveil du Jeli, puis Dissongo
Notre série afro-futuriste : la figure du jeli, le griot, transposée dans un
univers de science-fiction ouest-africain, où l’on transmet encore les légendes
sous l’arbre à palabres. Deux tomes parus — L’Éveil du
Jeli ouvre le récit, Dissongo le poursuit.
Ce qu’il faut savoir : c’est une série suivie — commencez par le tome 1,
L’Éveil du Jeli. Et si vous cherchez une histoire complète en un seul volume,
prenez plutôt Mariam joue à la balle.
👉 Tome 1 — L’Éveil du Jeli ·
Tome 2 — Dissongo
Comment choisir
Par âge, d’abord. L’écart est énorme entre Akissi (6 ans) et Une éternité à
Tanger (14 ans et +). Le format BD trompe : ce n’est pas parce que c’est dessiné
que c’est pour les enfants.
Par envie ensuite. Chronique sociale (Aya, Akissi), autobiographie
(Pahé), sujet de société (Malamine, Tamba), imaginaire (Djeliya, Kwezi,
L’Éveil du Jeli).
Vérifiez la langue et la disponibilité. Une partie de la production africaine
est anglophone ou éditée localement, donc difficile à trouver en librairie
française. C’est une vraie limite du marché, pas un détail.
Questions fréquentes
Quelle est la BD africaine la plus connue ?
Aya de Yopougon, de Marguerite Abouet et Clément Oubrerie. C’est la série qui a
ouvert les librairies françaises à la bande dessinée africaine.
Existe-t-il des BD africaines pour les enfants ?
Oui, mais l’offre reste mince. Akissi dès 6 ans, et les publications d’éditeurs
africains comme Ultimes Griots pour les 6-12 ans.
Où acheter des BD africaines ?
Les grands titres sont en librairie généraliste. Pour les éditeurs africains, le
plus fiable reste leur site.
👉 Notre boutique
BD africaine et manga : quelle différence ?
Ce sont des traditions graphiques distinctes. La BD africaine francophone est
proche du format franco-belge (album cartonné, couleur). Une scène de BD
africaine influencée par le manga existe, notamment au Nigeria et en Afrique du
Sud.
Les BD africaines sont-elles toutes sur des sujets graves ?
Non, c’est un cliché. Aya et Akissi sont avant tout drôles.