Frédéric Bruly Bouabré : l’homme qui a inventé l’alphabet Bété
En Côte d’Ivoire, certaines figures marquent l’histoire sans faire beaucoup de bruit. Frédéric Bruly Bouabré fait partie de celles-là . Artiste, penseur et gardien de mémoire, il est surtout connu pour avoir créé l’alphabet Bété, offrant ainsi à sa langue maternelle un système d’écriture unique.
Son œuvre dépasse largement le cadre artistique. Elle touche à l’identité, à la transmission et à la valorisation des cultures africaines.
Qui était Frédéric Bruly Bouabré ?
Né en 1923 à Zépréguhé, dans le centre-ouest de la Côte d’Ivoire, Frédéric Bruly Bouabré appartenait au peuple Bété. Autodidacte, il s’intéresse très tôt à la culture, à la spiritualité et à la mémoire collective.
Dans les années 1940, il dit avoir vécu une révélation spirituelle qui orientera toute sa vie. Il adopte alors le nom de Cheik Nadro, qui signifie « Celui qui n’oublie pas ». Une manière d’affirmer sa mission : préserver et transmettre le savoir.
Il décède en 2014, laissant derrière lui une œuvre monumentale reconnue à l’international.
L’invention de l’alphabet Bété : une révolution culturelle
Pourquoi créer un alphabet ?
Pendant longtemps, de nombreuses langues africaines étaient essentiellement orales. Cela signifiait que les contes, les proverbes, l’histoire et les savoirs se transmettaient de génération en génération, mais restaient vulnérables à l’oubli.
Frédéric Bruly Bouabré voulait changer cela.
Son ambition était claire :
- Donner une écriture au peuple Bété
- Permettre la sauvegarde des traditions
- Affirmer la valeur des langues africaines
Comment est né l’alphabet Bété ?
En 1956, il met au point un alphabet composé d’environ 449 signes syllabiques. Chaque symbole représente un son de la langue Bété.
Ces signes ne sont pas seulement fonctionnels : ils sont aussi visuels, presque artistiques. Chaque caractère est dessiné avec soin, accompagné parfois d’explications.
Son alphabet devient ainsi à la fois un outil linguistique et une œuvre d’art.
Une œuvre entre art et mémoire
Frédéric Bruly Bouabré ne s’est pas limité à l’invention d’un alphabet. Il a produit des milliers de petites cartes illustrées, classées par séries :
- Mythes et cosmogonies africaines
- Proverbes
- Histoire des peuples
- Symboles universels
- Réflexions philosophiques
Son travail est aujourd’hui exposé dans de grands musées internationaux. Pourtant, au cœur de son œuvre, il y a toujours cette volonté simple : préserver la mémoire africaine.
L’importance de l’alphabet Bété aujourd’hui
L’alphabet Bété représente bien plus qu’un système d’écriture. Il symbolise :
- La fierté culturelle
- L’affirmation identitaire
- La valorisation des langues locales
- La résistance à l’effacement culturel
Dans un contexte où beaucoup de langues africaines sont menacées, l’initiative de Bouabré apparaît visionnaire.
Frédéric Bouabré : un héritage pour les générations futures
À travers son travail, Frédéric Bruly Bouabré nous rappelle une chose essentielle : une culture qui s’écrit se protège.
Son alphabet est une invitation à documenter, raconter et transmettre nos histoires. Pour les auteurs, éditeurs, créateurs de contenus et passionnés de patrimoine africain, son parcours est une source d’inspiration profonde.
Valoriser les langues africaines, c’est valoriser nos imaginaires.
Et c’est peut-être là le plus grand message laissé par l’inventeur de l’alphabet Bété.
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